De l’innocence…

Enfance

 

Dans notre connaissance des choses de l’Univers (qu’elles soient mathématiques ou autres), le pouvoir rénovateur en nous n’est autre que l’innocence.
C’est l’innocence originelle que nous avons tous reçue en partage à notre naissance et qui repose en chacun de nous, objet souvent de notre mépris, et de nos peurs les plus secrètes. Elle seule unit l’humilité et la hardiesse qui nous font pénétrer au cœur des choses, et qui nous permettent de laisser les choses pénétrer en nous et de nous en imprégner.

Ce pouvoir-là n’est nullement le privilège de “dons” extraordinaires – d’une puissance cérébrale (disons) hors du commun pour assimiler et pour manier, avec dextérité et avec aisance, une masse impressionnante de faits, d’idées et de techniques connus. De tels dons sont certes précieux, dignes d’envie sûrement pour celui qui (comme moi) n’a pas été comblé ainsi à sa naissance, “au delà de toute mesure”.

Ce ne sont pas ces dons-là, pourtant, ni l’ambition même la plus ardente, servie par une volonté sans failles,qui font franchir ces “cercles invisibles et impérieux” qui enferment notre Univers. Seule l’innocence les franchit, sans le savoir ni s’en soucier, en les instants où nous nous retrouvons seul à l’écoute des choses, intensément absorbé dans un jeu d’enfant…

Alexandre Grothendiek

Lien vers le livre pdf

Caillou

_MG_6256_xxx_ret800
Un jour, Phardrouk, le Grec, en marchant dans le jardin, heurta du pied une pierre, il se mit en colère, revint sur ses pas et ramassa la pierre, en disant à voix basse : « Ô chose morte sur mon chemin ! » Et il lança la pierre au loin.
Almustafa, l’élu et le bien aimé, dit : « Que dis-tu par “Ô chose morte ” ? Tu es resté longtemps dans ce jardin et tu ne sais pas qu’il n’est rien de mort ici-bas ? Toutes les choses vivent et rayonnent dans la connaissance du jour et la majesté de la nuit. Toi et la pierre faites un. Ton cœur bat un peu plus vite, n’est-ce pas, mon ami ? Oui, mais il n’est pas aussi tranquille.
Son rythme est certes un autre rythme que le tien, mais je te dis que si tu sondes les profondeurs de ton âme et grimpes les hauteurs de l’espace, tu n’entendras qu’une mélodie, et dans cette mélodie la pierre et l’étoile chantent, l’une avec l’autre, parfaitement à l’unisson.
Si mes mots n’atteignent pas ton entendement, attends qu’une nouvelle aube se lève. Si tu as maudit cette pierre parce que dans ta cécité tu as trébuché dessus, alors tu maudiras une étoile s’il advenait que ta tête puisse la heurter dans le ciel. Mais le jour viendra où tu ramasseras les pierres et les étoiles comme un enfant cueille les lys des vallées, alors tu sauras que toutes ces choses sont vivantes et parfumées. »

Khalil Gibran : « Le jardin du prophète ».

Le jour où je me suis aimé pour vrai!

Image de Soi

Le jour où je me suis aimé pour vrai

Le jour où je me suis aimé pour vrai,
j’ai compris qu’en toutes circonstances,
j’étais à la bonne place, au bon moment.
Et alors, j’ai pu me relaxer.
Aujourd’hui je sais que cela s’appelle… l’Estime de soi.

Le jour où je me suis aimé pour vrai,
j’ai pu percevoir que mon anxiété et ma souffrance émotionnelle
n’étaient rien d’autre qu’un signal
lorsque je vais à l’encontre de mes convictions.
Aujourd’hui je sais que cela s’appelle… l’Authenticité.

Le jour où je me suis aimé pour vrai,
J’ai cessé de vouloir une vie différente
et j’ai commencé à voir que tout ce qui m’arrive
contribue à ma croissance personnelle.
Aujourd’hui, je sais que cela s’appelle…la Maturité.

Le jour où je me suis aimé pour vrai,
j’ai commencé à percevoir l’abus
dans le fait de forcer une situation ou une personne,
dans le seul but d’obtenir ce que je veux,
sachant très bien que ni la personne ni moi-même
ne sommes prêts et que ce n’est pas le moment…
Aujourd’hui, je sais que cela s’appelle…le Respect.

Le jour où je me suis aimé pour vrai,
j’ai commencé à me libérer de tout ce qui n’était pas salutaire,
personnes, situations, tout ce qui baissait mon énergie.
Au début, ma raison appelait cela de l’égoïsme.
Aujourd’hui, je sais que cela s’appelle…l’Amour propre.

Le jour où je me suis aimé pour vrai,
j’ai cessé d’avoir peur du temps libre
et j’ai arrêté de faire de grands plans,
j’ai abandonné les méga projets du futur.
Aujourd’hui, je fais ce qui est correct, ce que j’aime
quand cela me plait et à mon rythme.
Aujourd’hui, je sais que cela s’appelle… la Simplicité.

Le jour où je me suis aimé pour vrai,
j’ai cessé de chercher à avoir toujours raison,
et je me suis rendu compte de toutes les fois où je me suis trompé.
Aujourd’hui, j’ai découvert … l’Humilité.

Le jour où je me suis aimé pour vrai,
j’ai cessé de revivre le passé
et de me préoccuper de l’avenir.
Aujourd’hui, je vis au présent,
là où toute la vie se passe.
Aujourd’hui, je vis une seule journée à la fois.
Et cela s’appelle…la Plénitude.

Le jour où je me suis aimé pour vrai,
j’ai compris que ma tête pouvait me tromper et me décevoir.
Mais si je la mets au service de mon cœur,
elle devient une alliée très précieuse !
Tout ceci, c’est… le Savoir vivre.

Charlie Chaplin

Le chien à trois pattes

Chien furtif

Un chien à trois pattes
se baladait en riant
les gens qui le voyaient
s’étonnaient
pourquoi rit-il puisqu’il est infirme
et comment un animal tripode
peut-il aussi bien marcher
voilà qui confondait tout le monde
de plus les gens se demandaient
par quel sortilège
un chien était-il capable de rire
plutôt que de japper
on convoqua sur ces questions
des plus fondamentales
les savants de haute renommée
des spécialistes en la matière
mais n’ayant jamais vu pareil cas
ils restèrent sceptiques
et même confondus
quant au chien
il allait et venait à sa guise
comme pour les narguer
il riait de plus belle
et pour les morfondre davantage
il fit la belle
sur un seul pied
les autorités municipales
décrétèrent alors que le chien
devait être abattu
parce qu’il avait la rage
ou certainement une autre grave maladie
ce qui troublait son comportement
et le faisait agir autrement
que les bêtes normales de sa race
un chien ne peut être différent
à moins qu’il ne soit ami du diable
on se mit à plusieurs pour l’attraper
mais alors le chien tripode se mit à japper
et de plus il déplia doucement
la patte que sous son ventre
il tenait cachée pour rigoler
ce qu’au cirque on lui avait montré
ainsi tout rentra dans l’ordre
les gens retrouvèrent leur tranquillité
et encore aujourd’hui
certains se demandent encore
s’ils n’ont pas rêvé
car personne n’a su vraiment
si le chien riait réellement

Sondage de raison

IQui sait_

Il était une fois dans un village, un vieux sage… Les habitants avaient coutume de le consulter pour apaiser leurs doutes et leurs inquiétudes.

Un jour, un paysan courut le trouver et lui dit d’une voix pressante :

  • Vieux sage, aide-moi ! Une chose affreuse vient de m’arriver. Mon bœuf est mort et je n’ai rien d’autre pour tirer la charrue. C’est la pire chose qui pouvait se produire !
  • Peut-être que oui… Peut-être que non.

Le paysan regagna en toute hâte sa chaumière et annonça à ses voisins que leur sage était devenu fou. Comment ne voyait-il pas que la perte de cette bête de trait était la pire des catastrophes ?

Le lendemain, le paysan aperçut près de chez lui un cheval jeune et robuste. Il lui vint l’idée de s’en emparer pour remplacer son bœuf. Aussitôt dit aussitôt fait. Quel bonheur ! Jamais labour ne parut aussi facile ! Ravi, le paysan retourna auprès du vieux sage pour lui présenter ses excuses.

  • Tu avais raison, lui dit-il. La mort de mon bœuf n’était pas la pire des catastrophes. En fait, c’était un mal pour un bien. Car sinon, je n’aurais jamais attrapé ce cheval. C’est certainement la meilleure chose qui pouvait m’arriver…
  • Peut-être que oui… Peut-être que non.

« Voilà qu’il remet ça », songea le paysan. Décidément, le vieux n’avait plus toute sa tête.

Quelques jours plus tard, le fils du paysan fit une chute en montant le cheval. Une jambe cassée. Cette blessure lui vaudrait d’être immobilisé au moment des moissons. Le paysan s’arrachait les cheveux.

  • Nous allons mourir de faim !

Il courut derechef voir le vieux sage.

  • Comment savais-tu que ce maudit cheval était un cadeau empoisonné ? Tu avais encore vu juste. Mon fils s’est blessé et il ne pourra pas m’aider pour la récolte. Cette fois, pas de doute, c’est bien la pire tuile qui pouvait me tomber sur la tête. Tu es d’accord, n’est-ce pas ?

Mais comme les fois précédentes, le vieux sage le regarda tranquillement et lui répondit :

  • Peut-être que oui… Peut-être que non.

Furieux de cette ambiguïté récurrente, le paysan rentra chez lui en fulminant.

Le lendemain, des troupes investirent le village et enrôlèrent de force tous les jeunes gens. La guerre venait d’éclater. Incapable de se tenir debout, le fils du fermier fut le seul garçon du village à ne pas partir. Il allait survivre, alors que les camarades de son âge avaient toutes les chances de mourir au combat.

La morale de cette histoire me paraît édifiante. Nous ne savons jamais ce qui va arriver, nous en sommes réduits à spéculer. Et très souvent, nous nous montons la tête. A tout propos nous nous inventons un avenir radieux ou parsemé de catastrophes. La plupart du temps, rien de tout cela ne se confirme. Lorsqu’on reste calme et ouvert à toute éventualité, on est en droit de penser qu’au bout du compte, tout ira pour le mieux. Enfin peut-être que oui, peut-être que non…

« Ne vous noyez pas dans un verre d’eau »

Cent conseils pour vous simplifier la vie !

Richard Carlson

Editions « J’ai lu »

Les sept moi

14371741397w5b

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A l’heure la plus tranquille de la nuit, alors que le sommeil s’emparait de moi, mes sept moi se mirent à converser entre eux en chuchotant ainsi :
Le Premier Moi : Ici, dans ce fou, voilà que je demeure depuis bien des années, n’ayant rien à faire que de renouveler sa souffrance le jour et son chagrin la nuit. Je ne peux plus supporter mon sort davantage ; et maintenant je me révolte.
Le Second Moi : Ton sort est meilleurs que le mien, frère ; car il me fut imparti d’être le moi joyeux de ce fou. Je ris son rire et chante ses moments heureux ; et avec des pieds aux triples ailes, je danse ses idées lumineuses. Moi, je dois me révolter contre cette existence fastidieuse.
Le Troisième Moi : Que dire de moi, le moi dominé par l’amour, le tison enflammé de passion déchirante et de désirs fantastiques ? C’est moi, le moi malade d’amour qui devrais me révolter contre ce fou.
Le Quatrième Moi : C’est moi qui suis le plus misérable parmi vous ; car il m’a été donné que d’être une haine odieuse et une répulsion destructrice. C’est moi, le moi pareil à la tempête, né dans les caves sombres de l’Enfer, c’est moi qui devrais me révolter d’être l’esclave de ce fou.
Le Cinquième Moi : Non, c’est moi, le moi pensant, le moi fantaisiste, le moi de la soif, le moi de la faim, condamné à vagabonder sans répit en quête de choses inconnues et non encore créées. C’est moi, et non pas vous, qui devrais me révolter.
Le Sixième Moi : Et moi, le moi travailleur, digne de pitié, qui, avec des mains patientes et des yeux ardents transforme les jours en rêve et confère aux éléments amorphes une forme nouvelle et éternelle. C’est moi, l’être solitaire, qui devrais me révolter contre ce fou agité.
Le Septième Moi : Qu’il est étrange de votre part de vouloir vous révolter contre cet homme, sous prétexte que chacun d’entre vous a un sort prédestiné à accomplir. Ah ! Si seulement j’étais l’un de vous, un moi au sort déterminé ! Mais je n’en ai point ; je suis le moi fainéant, relégué dans l’oubli, à jamais vain et inutile ; alors que vous, vous êtes occupés à recréer la vie. Qui devrait donc se révolter, voisins ? Est-ce vous ou bien moi ?
Quand le septième moi parla ainsi, les six autres moi le regardèrent avec pitié mais ne répondirent plus ; et comme la nuit s’avançait, ils s’endormirent l’un après l’autre envahis par une nouvelle et heureuse résignation.
Seul le septième moi demeura en place à contempler et à fixer le néant, caché derrière toute chose.

Khalil Gibran : « Le Fou »

Les portes de l’enfer et du paradis

13240593677Try

Un samouraï se présenta devant le maître Zen Hakuin et lui demanda :
–  » Y a t-il réellement un paradis et un enfer . »
–  » Qui es tu ? » demanda le maître
– « Je suis le samouraï … »
– « Toi, un guerrier ! s’exclama Hakuin. Mais regarde-toi. Quel seigneur voudrait t’avoir à son service ? Tu as l’air d’un mendiant. »
La colère s’empara du samouraï. Il saisit son sabre et le dégaina. Hakuin poursuivit :
–  » Ah bon, tu as même un sabre !? Mais tu es sûrement trop maladroit pour me couper la tête. »
Hors de lui, le samouraï leva son sabre, prêt à frapper le maître. A ce moment celui-ci dit :
–  » Ici s’ouvrent les portes de l’enfer. »
Surpris par la tranquille assurance du moine, le samouraï rengaina et s’inclina.
–  » Ici s’ouvrent les portes du paradis. « , lui dit alors le maître.

Conte Japonais

Je descends la rue…

En route vers l'Ocean
Il y a un trou profond dans le trottoir :
Je tombe dedans.
Je suis perdu…je suis désespéré.
Ce n’est pas ma faute.
Il me faut du temps pour en sortir.

Je descends la même rue.
Il y a un trou profond dans le trottoir :
Je fais semblant de ne pas le voir.
Je tombe dedans à nouveau.
J’ai du mal à croire que je suis au même endroit.
Mais ce n’est pas ma faute.
Il me faut encore longtemps pour en sortir.

Je descends la même rue.
Il y a un trou profond dans le trottoir :
Je le vois bien.
J’y retombe quand même…c’est devenu une habitude.
J’ai les yeux ouverts.
Je sais ou je suis.
C’est bien de ma faute.
Je ressors immédiatement.

Je descends la même rue.
Il y a un trou profond dans le trottoir :
Je le contourne.

Je descends une autre rue…

Poème de Portia Nelson, cité dans
« Le livre tibétain de la vie et de la mort » : Sogyal Rimpoché

Le conte du marchand d’habits

_MG_7918_xxx2_800A une époque très lointaine, dans un pays dont je ne dirai pas le nom, vivait un marchand d’habits.

Son magasin était tout à côté de la boutique d’un marchand qui vendait, lui, des « années » en plus ou en moins. Mais, c’est du marchand d’habits dont je veux parler. Celui-ci vendait des habits correspondant aux sentiments que l’on désirait avoir, aux émotions que l’on souhaitait éprouver.

Vous souhaitiez un habit tristesse, il vous vendait un habit tristesse grise ou noire sur mesure, à la profondeur ou à l’intensité de votre choix, du chagrin au désespoir, en passant par toute la variété de la détresse.

Vous souhaitiez un habit de joie, il vous le taillait à vos dimensions.

Il vous confectionnait sur demande un habit de bien-être, de plaisir, de jubilation, de rires ou seulement de sourires.

Vous souhaitiez un habit d’amour, il vous proposait un habit d’amour léger, d’amour transi, d’amour passion ou encore d’amour rage. Il possédait l’art incomparable de créer des habits au plus près de votre attente la plus intime.

Un jour, un homme entra dans sa boutique et demanda un entretien privé :

— J’ai besoin, dit-il quand il fut seul avec le marchand, d’un habit pour un sentiment très particulier.

C’est un sentiment important pour moi : je ne veux pas être aimé.

Le marchand, étonné, demanda quelques jours de réflexion avant de donner sa réponse.

Un mois plus tard, le marchand fit passer un billet à l’homme pour l’inviter à découvrir l’habit qu’il avait conçu pour lui.

— Cet habit, lui dit-il, vous satisfera pleinement. Dès que vous le porterez il empêchera celui qui tente de vous aimer de vous aimer réellement. Vous verrez, il aura beaucoup de mal à vous aimer.

Et peut-être se découragera-t-il définitivement.

— Mais comment s’appelle cet habit ?

— Je lui ai donné le nom de JALOUSIE.

Soyez sans crainte, j’ai tout prévu. Dès que vous le portez, vous avez tout de suite envie d’accuser l’autre de ne pas vous aimer assez. Vous lui reprocherez de s’intéresser à vous uniquement pour votre corps, pour votre argent, pour quelque chose que vous avez ou que vous n’avez pas.

Vous aurez envie de l’agresser et vous le ferez.

Dès que votre amoureux ou amoureuse montrera le plus petit intérêt pour une autre personne, reproches, accusations, critiques, dont les meilleurs sont les plus injustifiés, vous viendront spontanément à l’esprit.

Vous serez surpris de votre créativité, de votre inventivité pour transformer toutes les situations de rencontres en enfer… pour vous-même et pour l’autre.

Mais attention, il n’y a qu’une seule condition pour que je vous vende cet habit : il est tellement efficace pour empêcher quelqu’un de vous aimer que je vous demande de ne chercher à le reproduire sous aucun prétexte.

La suite de cette histoire est épouvantablement dramatique.

L’homme fut si satisfait de cet habit qui, dès qu’il le portait, arrivait à détériorer toute relation amoureuse, mettait toute tentative d’amour sincère en échec… Il fut tellement satisfait, étais-je en train de vous dire, qu’il en parla autour de lui et transgressa son engagement. Il accepta même qu’on puisse en recopier certaines parties et l’«habit jalousie» se répandit rapidement sur l’ensemble de la planète.

Il revêtit entièrement ou partiellement des milliers d’hommes et de femmes dont certains l’adoptèrent en entier afin de développer une jalousie morbide, mortifère, non seulement pour eux-mêmes mais pour l’autre également.

C’est ainsi qu’on put lire dans certains journaux ou entendre aux informations :

«Drame de la jalousie… il l’aimait tellement qu’il préféra la tuer », ou encore :

«Excédée par ses crises de jalousie, elle l’empoisonna… »

«Ils passèrent vingt ans de leur vie à se reprocher mutuellement d’être trop aimés et mal aimés… par l’autre. »

Ceux qui lisent ou écoutent ce genre de nouvelles aux informations pensent que c’est le jaloux qui aime trop.

Nous, qui connaissons les ravages que peuvent faire les «habits de la jalousie», savons bien qu’il n’en est rien. Celui qui les porte a très peur d’être aimé, et il s’arrange, même s’il n’en est pas conscient, pour décourager, pour tenir à distance, pour éloigner l’amour possible d’un autre.

Il m’est arrivé un jour d’être très tenté par la couleur et par la forme d’un habit de jalousie… L’effet fut immédiat, il éloigna avec une efficacité redoutable celle qui prétendait m’aimer.

J’abandonnai rapidement l’habit trop tentateur mais le mal était fait. Je ne la revis plus.

Si un jour vous êtes tenté d’emprunter ou simplement d’essayer de mettre un habit jalousie, soyez infiniment prudent, à moins que justement l’amour ne vous fasse tellement peur qu’il vous soit nécessaire et indispensable de mettre cet habit.

Nous croyons savoir aujourd’hui qu’un nombre considérable d«habits jalousie» circulent de par le monde.

Certains sont portés temporairement, d’autres sont endossés avec beaucoup de constance, pendant des années, car ils sont quasiment inusables.

Quelques-uns arrivent même à s’imprégner, à s’incruster dans la peau, et ils parviennent ainsi à étouffer petit à petit celui qui les porte.

Je ne souhaite à personne un tel sort… même pas à mon pire ennemi, si j’en ai jamais eu un.

Extrait de « contes à guérir..contes à grandir » de Jacques SALOME

L’arbre tordu

_MG_1823_xxx2_800

Un oiseau survolait une forêt de conifères quand il laissa tomber une petite graine que le vent avait déposée furtivement sous son aile. A peine la semence eut-elle touché le sol qu’elle prit racine. Très rapidement une petite pousse vit le jour et se fraya courageusement un chemin à travers les géants tout verts qui l’entouraient.
La richesse du terreau qui l’avait accueillie permit à la tige de devenir en très peu de temps un arbrisseau rempli de vigueur. Mais en même temps qu’il croissait, il empruntait une forme des plus étranges. C’est à ce moment qu’il prit conscience qu’il n’allait pas être un arbre comme les autres. Les sapins verdoyants qui l’entouraient et dont il admirait la frondaison aux teintes d’émeraude, l’avaient cependant accepté dans sa différence. A son grand désarroi, le jeune arbre voyait son tronc et ses branches pousser dans le désordre le plus total. En prenant des allures d’adulte, l’arbrisseau se retrouva affublé d’énormes branches racornies qui se frayaient maladroitement un chemin à travers les aiguilles de ses frères conifères.
Il aurait tellement voulu leur ressembler ! Il avait sûrement fait quelques chose de mal pour que Dieu l’afflige de ces formes repoussantes. Mais pourquoi suis-je si différent ? se demandait-il sans cesse. Cette question le hantait depuis qu’il avait constaté sa terrible dissemblance. C’est également à ce moment qu’il commença à se haïr. Sa haine prit une telle ampleur que son écorce en devint toute terne et que sa cime courba l’échine, comme si elle n’avait pas voulu qu’on la reconnaisse.
Plus les jours passaient, plus l’arbre tordu se détestait. Tant et si bien que les oiseaux ne daignaient même plus s’y poser, repoussés par la négativité qui s’en dégageait. Aussi bien mourir, se disait l’arbrisseau, que de sentir un parfait étranger dans la forêt qui vous a vu naître.
Le pauvre diable cultiva donc ses pensées défaitistes et s’enlisa profondément dans son rôle de victime. Jusqu’au jour où une mère et son fils le découvrirent par hasard…
« Et ! maman ! cria l’enfant en sautillant de joie. Tu as vu le joli pommier en plein milieu de cette forêt de sapins ? Comme il est beau, n’est-ce pas?
-Oui ! Oui ! répondit distraitement la mère, apparemment absorbée dans ses pensées. Mais nous ne pouvons pas nous attarder. Continuons notre route. »

En dépit de sa lassitude et de son impérieux désir de mourir, l’arbre tordu avait entendu le commentaire du bambin. Il était complètement abasourdi d’apprendre qu’il n’était pas un sapin déformé, mais plutôt un… pommier ! Il sortit alors de la léthargie morbide dans laquelle il s’était laissé sombrer depuis quelques temps. A la grande surprise de ses frères, qui ne l’avaient pas vu manifester un quelconque sentiment de joie depuis très longtemps, il s’exclama:
« Est-ce possible que je sois un magnifique pommier ? Si cela est vrai -il en doutait de moins en moins, car il savait d’instinct que les enfants enjoués ne mentent pas – cela expliquerait mes disparités ! »
Ragaillardi par cette heureuse découverte, l’arbre se mit à apprécier de plus en plus la forme insolite de ses branches et à admirer son tronc légèrement arqué. Il releva lentement la tête, et son écorce assombrie par la peine reçut alors un grand coup de sève qui la fit resplendir de mille feux. Attirés par ces élans d’amour de soi, les oiseaux recommencèrent à fréquenter l’arbre. De curieuses petites fleurs se mirent bientôt à émerger sur ses branches. Plus l’arbre s’aimait, plus les bourgeons qu’on avait cru asséchés prenaient vie, et plus ils s’ouvraient en grand nombre. Tant et si bien que le pommier fut rapidement enveloppé d’un nuage féerique de fleurs blanches. Celles-ci exhalaient un parfum frais qui faisait le bonheur de leur entourage. Cette particularité avait pour conséquence que l’arbre tordu se distinguait encore davantage de ses congénères, les sapins.

Au bout de quelques lunes, chaque fleur avait donné naissance à un fruit magnifique, symbole de l’amour que l’arbre s’était donné à la suite de sa prise de conscience de son unicité.
Un matin d’automne, le garçon qui lui avait révélé sa vraie nature revint le voir. Le pommier le reconnut et lui offrit le premier des fruits en guise de remerciement pour lui avoir redonné la vie. L’enfant sourit et, avec ses petits yeux en amande bien fermés pour tirer toute la saveur du fruit, il croqua dans la pomme à belles dents.
Comme le Créateur n’oublie jamais Ses bienfaiteurs, il transmit à l’enfant, à travers l’énergie de ce fruit, le même présent qu’il avait jadis offert à l’arbre: l’amour de soi et le respect des différences. Le garçon bénéficia de ce don toute sa vie et même après avoir atteint l’âge adulte, il continuait à en parler…

André Harvey : Contes d’éveil