Saint-Georges terrassant un dragon

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« Un jour, Georges arriva dans une ville de la Libye nommée Silène. Or, dans un étang voisin de la ville habitait un dragon effroyable qui, maintes fois, avait mis en déroute la foule armée contre lui. Parfois, il s’approchait des murs et empoisonnait de son souffle tous ceux qui se trouvaient à sa portée. Pour apaiser la fureur de ce monstre et l’empêcher d’anéantir la ville entière, les habitants lui offraient, chaque jour, deux brebis. Mais bientôt le nombre de brebis se trouva si réduit que force fut aux habitants de tirer au sort une créature humaine et aucune famille ne fut exceptée de ce choix. Et déjà, presque tous les jeunes gens de la ville avaient été dévorés lorque, le jour de l’arrivée de saint Georges, le sort désigna pour victime, la fille unique du roi.

Vêtue d’une robe de mariée, attachée à un rocher aux marches de la ville, la princesse attend donc la mort. Georges pose d’abord une condition avant d’en finir avec le monstre: Il ne tuera le dragon que si le peuple se convertit au christianisme. Contraint, le peuple se soumet à cette demande et on baptisa quinze mille habitants sur le champ. Alors que, dans la légende orientale, Georges terrasse tout simplement le dragon avec sa lance (parfois avec son épée) comme tout légionnaire romain qui se respecte, dans la Légende dorée, l’arme de l’exploit est un signe de croix :

…Le dragon souleva sa tête au-dessus de l’étang et Saint Georges, après être monté sur son cheval et s’être muni du signe de la croix, assaillit bravement le dragon qui s’avance vers lui. Il brandit haut sa lance, fit au monstre une blessure qui le renverse sur le sol. Et le saint dit à la princesse: « Mon enfant, ne crains rien et lance ta ceinture autour du cou du monstre! » La princesse fit ainsi et le dragon, se redressant, se mit à la suivre comme un petit chien qu’on mènerait en laisse.

      La bête fut ensuite conduite par la princesse jusqu’à la ville où elle fut décapitée. »

Le chercheur

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Ceci est l’histoire d’un homme que je définirai comme un chercheur…
Un chercheur est quelqu’un qui cherche, pas nécessairement quelqu’un qui trouve.
Ce n’est pas non plus quelqu’un qui, nécessairement, sait ce qu’il est en train de chercher. C’est simplement quelqu’un pour qui la vie est une recherche.
Un jour, le chercheur sentit qu’il devait aller à la ville de Kammir. Il avait appris à prêter rigoureusement attention à ces sensations provenant d’un lieu inconnu de lui-même. Donc, il laissa tout et partit.
Après deux jours de marche par les poussiéreux chemins, il aperçut, au loin, Kammir. Peu avant d’arriver au village, une colline à la droite du sentier lui attira tout particulièrement l’attention. Elle était recouverte d’un vert merveilleux et il y avait beaucoup d’arbres, oiseaux et fleurs ravissantes. Elle était intégralement entourée d’une espèce de petite clôture de bois brillant.
Une petite porte de bronze l’invitait à entrer.
Tout à coup, il sentit qu’il oubliait le village et succomba à la tentation de se reposer un moment dans ce lieu. Le chercheur franchit l’entrée et commença à marcher lentement entre les pierres blanches qui étaient comme distribuées au hasard, entre les arbres.
Il laissa ses yeux se poser comme des papillons sur chaque détail de ce paradis multicolore.
Ses yeux étaient ceux d’un chercheur, et c’est peut-être pourquoi il découvrit cette inscription sur l’une des pierres :
Abdul Tareg vécu 8 ans, 6 mois, 2 semaines et 3 jours.
Il fut quelque peu saisit d’effroi en se rendant compte que cette pierre n’était pas seulement une pierre : c’était une pierre tombale.
Il sentit de la peine en pensant qu’un enfant d’un si jeune âge était enterré dans ce lieu.
Regardant autour de lui, l’homme se rendit compte que la pierre d’à côté portait également une inscription. Il s’approcha pour la lire. Elle disait :
Yamir Kalib, vécu 5 ans, 8 mois et 3 semaines
Le chercheur se sentit profondément bouleversé.
Ce bel endroit était un cimetière, et chaque pierre, une tombe.
Une par une, il commença à lire les pierres tombales. Elles portaient toutes des inscriptions similaires : un nom et le temps de vie exact du mort.
Mais ce qui le mit dans un état de frayeur ce fut de vérifier que celui qui avait vécu le plus longtemps dépassait à peine les 11 ans.
Saisit d’une terrible douleur, il s’assit et se mit pleurer.
Le gardien du cimetière passait par là et s’approcha.
Il le regarda pleurer pendant un moment, en silence et ensuite lui demanda s’il pleurait pour un parent.
– Non, pour aucun parent – dit le chercheur – Que se passe-t-il dans ce village ? Quelle chose si terrible y a-t-il dans cette ville ? Pourquoi il y a-t-il tant d’enfants morts enterrés dans ce lieu ? Quelle est l’horrible malédiction qui pèse sur ces gens, qu’est-ce qui les a obligé à construire un cimetière d’enfants ?
Le vieux monsieur sourit et dit :
– Vous pouvez vous tranquilliser. Il n’y a pas de telle malédiction. Ce qu’il y a, c’est qu’ici, nous avons une vieille coutume. Je vais vous le raconter.
« Quand un jeune a quinze ans, ses parents lui offrent un carnet comme celle que j’ai là, pour qu’il la mette autour du cou.
C’est une tradition entre nous qu’à partir de ce moment, chaque fois qu’on profite intensément de quelque chose, on ouvre le carnet et on y note :

A gauche, ce que fut le plaisir.
A droite, le temps qu’il dura.
Il connu sa fiancée et tomba amoureux. Combien de temps dura cette grande passion et le plaisir de la connaitre ? Une semaine ? Deux ? Trois semaines et demi ?
Ensuite, l’émotion du premier baiser, le merveilleux plaisir du premier baiser ? Deux jours? Une semaine ?
Et la grossesse et le naissance du premier enfant… ?
Et le mariage des amis ?
Et le voyage le plus désiré ?
Et la rencontre avec ce frère qui revient d’un lointain pays ?
Combien de temps dura le plaisir de ces situations ?
D’heures, de jours ?

Ainsi, on note sur le carnet chaque moment savouré… chaque moment.

Quand quelqu’un meurt, c’est de notre habitude d’ouvrir son carnet et d’additionner le temps savouré pour l’écrire sur la tombe. Car cela est pour nous l’unique et véritable temps vécu ».

Traduit de « Cuentos para sonar » de Jorge Bucay

De l’innocence…

Enfance

 

Dans notre connaissance des choses de l’Univers (qu’elles soient mathématiques ou autres), le pouvoir rénovateur en nous n’est autre que l’innocence.
C’est l’innocence originelle que nous avons tous reçue en partage à notre naissance et qui repose en chacun de nous, objet souvent de notre mépris, et de nos peurs les plus secrètes. Elle seule unit l’humilité et la hardiesse qui nous font pénétrer au cœur des choses, et qui nous permettent de laisser les choses pénétrer en nous et de nous en imprégner.

Ce pouvoir-là n’est nullement le privilège de “dons” extraordinaires – d’une puissance cérébrale (disons) hors du commun pour assimiler et pour manier, avec dextérité et avec aisance, une masse impressionnante de faits, d’idées et de techniques connus. De tels dons sont certes précieux, dignes d’envie sûrement pour celui qui (comme moi) n’a pas été comblé ainsi à sa naissance, “au delà de toute mesure”.

Ce ne sont pas ces dons-là, pourtant, ni l’ambition même la plus ardente, servie par une volonté sans failles,qui font franchir ces “cercles invisibles et impérieux” qui enferment notre Univers. Seule l’innocence les franchit, sans le savoir ni s’en soucier, en les instants où nous nous retrouvons seul à l’écoute des choses, intensément absorbé dans un jeu d’enfant…

Alexandre Grothendiek

Lien vers le livre pdf

Caillou

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Un jour, Phardrouk, le Grec, en marchant dans le jardin, heurta du pied une pierre, il se mit en colère, revint sur ses pas et ramassa la pierre, en disant à voix basse : « Ô chose morte sur mon chemin ! » Et il lança la pierre au loin.
Almustafa, l’élu et le bien aimé, dit : « Que dis-tu par “Ô chose morte ” ? Tu es resté longtemps dans ce jardin et tu ne sais pas qu’il n’est rien de mort ici-bas ? Toutes les choses vivent et rayonnent dans la connaissance du jour et la majesté de la nuit. Toi et la pierre faites un. Ton cœur bat un peu plus vite, n’est-ce pas, mon ami ? Oui, mais il n’est pas aussi tranquille.
Son rythme est certes un autre rythme que le tien, mais je te dis que si tu sondes les profondeurs de ton âme et grimpes les hauteurs de l’espace, tu n’entendras qu’une mélodie, et dans cette mélodie la pierre et l’étoile chantent, l’une avec l’autre, parfaitement à l’unisson.
Si mes mots n’atteignent pas ton entendement, attends qu’une nouvelle aube se lève. Si tu as maudit cette pierre parce que dans ta cécité tu as trébuché dessus, alors tu maudiras une étoile s’il advenait que ta tête puisse la heurter dans le ciel. Mais le jour viendra où tu ramasseras les pierres et les étoiles comme un enfant cueille les lys des vallées, alors tu sauras que toutes ces choses sont vivantes et parfumées. »

Khalil Gibran : « Le jardin du prophète ».

Le jour où je me suis aimé pour vrai!

Image de Soi

Le jour où je me suis aimé pour vrai

Le jour où je me suis aimé pour vrai,
j’ai compris qu’en toutes circonstances,
j’étais à la bonne place, au bon moment.
Et alors, j’ai pu me relaxer.
Aujourd’hui je sais que cela s’appelle… l’Estime de soi.

Le jour où je me suis aimé pour vrai,
j’ai pu percevoir que mon anxiété et ma souffrance émotionnelle
n’étaient rien d’autre qu’un signal
lorsque je vais à l’encontre de mes convictions.
Aujourd’hui je sais que cela s’appelle… l’Authenticité.

Le jour où je me suis aimé pour vrai,
J’ai cessé de vouloir une vie différente
et j’ai commencé à voir que tout ce qui m’arrive
contribue à ma croissance personnelle.
Aujourd’hui, je sais que cela s’appelle…la Maturité.

Le jour où je me suis aimé pour vrai,
j’ai commencé à percevoir l’abus
dans le fait de forcer une situation ou une personne,
dans le seul but d’obtenir ce que je veux,
sachant très bien que ni la personne ni moi-même
ne sommes prêts et que ce n’est pas le moment…
Aujourd’hui, je sais que cela s’appelle…le Respect.

Le jour où je me suis aimé pour vrai,
j’ai commencé à me libérer de tout ce qui n’était pas salutaire,
personnes, situations, tout ce qui baissait mon énergie.
Au début, ma raison appelait cela de l’égoïsme.
Aujourd’hui, je sais que cela s’appelle…l’Amour propre.

Le jour où je me suis aimé pour vrai,
j’ai cessé d’avoir peur du temps libre
et j’ai arrêté de faire de grands plans,
j’ai abandonné les méga projets du futur.
Aujourd’hui, je fais ce qui est correct, ce que j’aime
quand cela me plait et à mon rythme.
Aujourd’hui, je sais que cela s’appelle… la Simplicité.

Le jour où je me suis aimé pour vrai,
j’ai cessé de chercher à avoir toujours raison,
et je me suis rendu compte de toutes les fois où je me suis trompé.
Aujourd’hui, j’ai découvert … l’Humilité.

Le jour où je me suis aimé pour vrai,
j’ai cessé de revivre le passé
et de me préoccuper de l’avenir.
Aujourd’hui, je vis au présent,
là où toute la vie se passe.
Aujourd’hui, je vis une seule journée à la fois.
Et cela s’appelle…la Plénitude.

Le jour où je me suis aimé pour vrai,
j’ai compris que ma tête pouvait me tromper et me décevoir.
Mais si je la mets au service de mon cœur,
elle devient une alliée très précieuse !
Tout ceci, c’est… le Savoir vivre.

Charlie Chaplin

Le chien à trois pattes

Chien furtif

Un chien à trois pattes
se baladait en riant
les gens qui le voyaient
s’étonnaient
pourquoi rit-il puisqu’il est infirme
et comment un animal tripode
peut-il aussi bien marcher
voilà qui confondait tout le monde
de plus les gens se demandaient
par quel sortilège
un chien était-il capable de rire
plutôt que de japper
on convoqua sur ces questions
des plus fondamentales
les savants de haute renommée
des spécialistes en la matière
mais n’ayant jamais vu pareil cas
ils restèrent sceptiques
et même confondus
quant au chien
il allait et venait à sa guise
comme pour les narguer
il riait de plus belle
et pour les morfondre davantage
il fit la belle
sur un seul pied
les autorités municipales
décrétèrent alors que le chien
devait être abattu
parce qu’il avait la rage
ou certainement une autre grave maladie
ce qui troublait son comportement
et le faisait agir autrement
que les bêtes normales de sa race
un chien ne peut être différent
à moins qu’il ne soit ami du diable
on se mit à plusieurs pour l’attraper
mais alors le chien tripode se mit à japper
et de plus il déplia doucement
la patte que sous son ventre
il tenait cachée pour rigoler
ce qu’au cirque on lui avait montré
ainsi tout rentra dans l’ordre
les gens retrouvèrent leur tranquillité
et encore aujourd’hui
certains se demandent encore
s’ils n’ont pas rêvé
car personne n’a su vraiment
si le chien riait réellement

Sondage de raison

IQui sait_

Il était une fois dans un village, un vieux sage… Les habitants avaient coutume de le consulter pour apaiser leurs doutes et leurs inquiétudes.

Un jour, un paysan courut le trouver et lui dit d’une voix pressante :

  • Vieux sage, aide-moi ! Une chose affreuse vient de m’arriver. Mon bœuf est mort et je n’ai rien d’autre pour tirer la charrue. C’est la pire chose qui pouvait se produire !
  • Peut-être que oui… Peut-être que non.

Le paysan regagna en toute hâte sa chaumière et annonça à ses voisins que leur sage était devenu fou. Comment ne voyait-il pas que la perte de cette bête de trait était la pire des catastrophes ?

Le lendemain, le paysan aperçut près de chez lui un cheval jeune et robuste. Il lui vint l’idée de s’en emparer pour remplacer son bœuf. Aussitôt dit aussitôt fait. Quel bonheur ! Jamais labour ne parut aussi facile ! Ravi, le paysan retourna auprès du vieux sage pour lui présenter ses excuses.

  • Tu avais raison, lui dit-il. La mort de mon bœuf n’était pas la pire des catastrophes. En fait, c’était un mal pour un bien. Car sinon, je n’aurais jamais attrapé ce cheval. C’est certainement la meilleure chose qui pouvait m’arriver…
  • Peut-être que oui… Peut-être que non.

« Voilà qu’il remet ça », songea le paysan. Décidément, le vieux n’avait plus toute sa tête.

Quelques jours plus tard, le fils du paysan fit une chute en montant le cheval. Une jambe cassée. Cette blessure lui vaudrait d’être immobilisé au moment des moissons. Le paysan s’arrachait les cheveux.

  • Nous allons mourir de faim !

Il courut derechef voir le vieux sage.

  • Comment savais-tu que ce maudit cheval était un cadeau empoisonné ? Tu avais encore vu juste. Mon fils s’est blessé et il ne pourra pas m’aider pour la récolte. Cette fois, pas de doute, c’est bien la pire tuile qui pouvait me tomber sur la tête. Tu es d’accord, n’est-ce pas ?

Mais comme les fois précédentes, le vieux sage le regarda tranquillement et lui répondit :

  • Peut-être que oui… Peut-être que non.

Furieux de cette ambiguïté récurrente, le paysan rentra chez lui en fulminant.

Le lendemain, des troupes investirent le village et enrôlèrent de force tous les jeunes gens. La guerre venait d’éclater. Incapable de se tenir debout, le fils du fermier fut le seul garçon du village à ne pas partir. Il allait survivre, alors que les camarades de son âge avaient toutes les chances de mourir au combat.

La morale de cette histoire me paraît édifiante. Nous ne savons jamais ce qui va arriver, nous en sommes réduits à spéculer. Et très souvent, nous nous montons la tête. A tout propos nous nous inventons un avenir radieux ou parsemé de catastrophes. La plupart du temps, rien de tout cela ne se confirme. Lorsqu’on reste calme et ouvert à toute éventualité, on est en droit de penser qu’au bout du compte, tout ira pour le mieux. Enfin peut-être que oui, peut-être que non…

« Ne vous noyez pas dans un verre d’eau »

Cent conseils pour vous simplifier la vie !

Richard Carlson

Editions « J’ai lu »

Les sept moi

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A l’heure la plus tranquille de la nuit, alors que le sommeil s’emparait de moi, mes sept moi se mirent à converser entre eux en chuchotant ainsi :
Le Premier Moi : Ici, dans ce fou, voilà que je demeure depuis bien des années, n’ayant rien à faire que de renouveler sa souffrance le jour et son chagrin la nuit. Je ne peux plus supporter mon sort davantage ; et maintenant je me révolte.
Le Second Moi : Ton sort est meilleurs que le mien, frère ; car il me fut imparti d’être le moi joyeux de ce fou. Je ris son rire et chante ses moments heureux ; et avec des pieds aux triples ailes, je danse ses idées lumineuses. Moi, je dois me révolter contre cette existence fastidieuse.
Le Troisième Moi : Que dire de moi, le moi dominé par l’amour, le tison enflammé de passion déchirante et de désirs fantastiques ? C’est moi, le moi malade d’amour qui devrais me révolter contre ce fou.
Le Quatrième Moi : C’est moi qui suis le plus misérable parmi vous ; car il m’a été donné que d’être une haine odieuse et une répulsion destructrice. C’est moi, le moi pareil à la tempête, né dans les caves sombres de l’Enfer, c’est moi qui devrais me révolter d’être l’esclave de ce fou.
Le Cinquième Moi : Non, c’est moi, le moi pensant, le moi fantaisiste, le moi de la soif, le moi de la faim, condamné à vagabonder sans répit en quête de choses inconnues et non encore créées. C’est moi, et non pas vous, qui devrais me révolter.
Le Sixième Moi : Et moi, le moi travailleur, digne de pitié, qui, avec des mains patientes et des yeux ardents transforme les jours en rêve et confère aux éléments amorphes une forme nouvelle et éternelle. C’est moi, l’être solitaire, qui devrais me révolter contre ce fou agité.
Le Septième Moi : Qu’il est étrange de votre part de vouloir vous révolter contre cet homme, sous prétexte que chacun d’entre vous a un sort prédestiné à accomplir. Ah ! Si seulement j’étais l’un de vous, un moi au sort déterminé ! Mais je n’en ai point ; je suis le moi fainéant, relégué dans l’oubli, à jamais vain et inutile ; alors que vous, vous êtes occupés à recréer la vie. Qui devrait donc se révolter, voisins ? Est-ce vous ou bien moi ?
Quand le septième moi parla ainsi, les six autres moi le regardèrent avec pitié mais ne répondirent plus ; et comme la nuit s’avançait, ils s’endormirent l’un après l’autre envahis par une nouvelle et heureuse résignation.
Seul le septième moi demeura en place à contempler et à fixer le néant, caché derrière toute chose.

Khalil Gibran : « Le Fou »

Les portes de l’enfer et du paradis

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Un samouraï se présenta devant le maître Zen Hakuin et lui demanda :
–  » Y a t-il réellement un paradis et un enfer . »
–  » Qui es tu ? » demanda le maître
– « Je suis le samouraï … »
– « Toi, un guerrier ! s’exclama Hakuin. Mais regarde-toi. Quel seigneur voudrait t’avoir à son service ? Tu as l’air d’un mendiant. »
La colère s’empara du samouraï. Il saisit son sabre et le dégaina. Hakuin poursuivit :
–  » Ah bon, tu as même un sabre !? Mais tu es sûrement trop maladroit pour me couper la tête. »
Hors de lui, le samouraï leva son sabre, prêt à frapper le maître. A ce moment celui-ci dit :
–  » Ici s’ouvrent les portes de l’enfer. »
Surpris par la tranquille assurance du moine, le samouraï rengaina et s’inclina.
–  » Ici s’ouvrent les portes du paradis. « , lui dit alors le maître.

Conte Japonais